Rendre le théâtre accessible à tous

  • 21 mars 2025
  • La scène parisienne
  • Eric Battye

Mis à jour le 26 janvier 2026.

Le théâtre à Paris… de plus en plus accessible.

En France, la volonté de rendre le théâtre accessible à tous est un sujet très important qui a occupé et qui continue d’occuper encore les esprits de certains. Cet art a constamment dû s’adapter aux bouleversements politiques, aux périodes troublées de l’histoire, pour survivre et garantir ainsi que tout le monde – et pas seulement les classes dites « supérieures » – puisse avoir accès au sixième art.

Revolutionary Theatre

Le théâtre : un art servant la Révolution

Avant la Révolution française, le théâtre était un privilège réservé à la noblesse et à la bourgeoisie. Des lieux prestigieux comme la Comédie-Française étaient sous le patronage royal et leurs spectacles servaient principalement les intérêts de la monarchie. L’accès limité et le prix élevé des billets excluaient les classes dites « populaires » de ces espaces.

Cependant, après la Révolution, le théâtre a évolué pour devenir une véritable institution ouverte au public. Le Comité d’instruction publique a déclaré que le théâtre devait faire partie de l’éducation, et le gouvernement révolutionnaire a commencé à financer le spectacle vivant, réduisant ainsi le prix des billets pour rendre les représentations accessibles au plus grand nombre.

Le gouvernement a également encouragé des pièces promouvant les valeurs républicaines, comme l’égalité, la justice et la responsabilité civile. Ainsi, le dramaturge Marie-Joseph Chénier a bénéficié du soutien de l’État pour ses drames patriotiques, notamment Charles IX et L’Innocence, qui sont une critique virulente de la monarchie et de pouvoir absolu.

Les spectacles de la Comédie-Française

Napoleon, by Auguste Raffet

En temps de troubles

Cependant, l’esprit révolutionnaire n’a qu’un temps. À peine sept ans après l’instauration de la Première République, Napoléon Bonaparte s’empare du pouvoir et se couronne lui-même empereur (voir la célèbre peinture de Jacques-Louis David, Le Sacre de l’empereur Napoléon Iᵉʳ et le couronnement de l’impératrice Joséphine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804).

Les années suivantes ont été marquées par une grande instabilité politique : Napoléon a été exilé en 1814, la monarchie a été restaurée. Il reprend brièvement le pouvoir en 1815 avant d’être vaincu à Waterloo. Après son second exil, la monarchie des Bourbons est rétablie, puis renversée seize ans plus tard par la Monarchie de Juillet, qui elle-même est renversée par les Républicains, donnant naissance à la Deuxième République. Toutefois, cette république n’a duré que quatre ans avant que Louis-Napoléon Bonaparte, le neveu de Napoléon, n’accède au pouvoir.

Le théâtre, qui avait prospéré sous la Première République, a connu de nombreux soubresauts avec toutes ces turbulences. Les pièces ont été interdites ou censurées en raison de leur critique du régime monarchique et des élans vers le changement social qu’elles semblaient inspirer. Autre changement et non des moindres : l’instabilité économique a eu pour conséquence de réduire le revenu des classes populaires, obligeant les théâtres à dépendre d’un public plus aisé. Ils en ont profité pour augmenter leurs tarifs pour survivre.

Theatre du peuple, 1895

Le premier théâtre du peuple

Après la défaite de Napoléon III lors de la guerre franco-prussienne, le Second Empire s’est effondré et la France est redevenue une république. Les inégalités économiques contribuèrent une fois de plus à faire du théâtre une activité réservée à l’élite. Un groupe d’écrivains et de dramaturges influents, dont Maurice Pottecher, Romain Rolland et Émile Zola, ont commencé alors à faire pression sur le gouvernement pour obtenir des financements afin de rendre le théâtre accessible aux classes populaires, avec le soutien de socialistes jaurésiens (partisans de Jaurès).

Face au refus du gouvernement, Maurice Pottecher décide de prendre les choses en main et fonde le Théâtre du Peuple à Bussang en 1895. Ce théâtre, situé dans les Vosges, possédait une scène en plein air et les spectateurs, debout dans un pré, pouvaient assister à toutes les représentations.

Maurice Pottecher considérait que le théâtre devait aussi bien servir à l’édification morale du public qu’à favoriser l’unité sociale. Il a donc maintenu des entrées à prix bas tout en garantissant des spectacles de grande qualité.

Théâtre national populaire, Villeurbanne, 1976

La renaissance du théâtre après les deux Guerres mondiales

La Première et la Seconde Guerre mondiales ont ravagé l’économie du pays, reléguant à nouveau les réflexions sur l’accès au théâtre au second plan. Toutefois, l’esprit du Théâtre du Peuple a perduré, inspirant l’acteur et metteur en scène Jean Vilar qui a voulu faire renaître le théâtre populaire à partir de 1947. Son projet a été accepté par la municipalité d’Avignon, donnant lieu à la mise en scène de trois pièces – Richard II de Shakespeare, Tobie et Sara de Paul Claudel et La Terrasse de midi de Maurice Clavel – qui ont marqué la naissance du Festival d’Avignon.

Aujourd’hui, ce festival, qui a lieu tous les ans au mois de juillet, est l’un des événements culturels consacrés au théâtre les plus connus de France et accessibles à tous les publics.

En 1951, Jean Vilar élargit sa vision en fondant le Théâtre National Populaire (TNP), recrutant certains des meilleurs acteurs français, dont Gérard Philipe, Maria Casarès, Jeanne Moreau, Michel Bouquet et Alain Cuny.
L’œuvre de Vilar a inspiré d’autres initiatives, notamment celle de sa proche collaboratrice Silvia Monfort, qui a ensuite fondé le Théâtre Silvia Monfort (anciennement le Carré Thorigny) à Paris. Aujourd’hui encore, le Théâtre National Populaire et le Théâtre Silvia Montfort poursuivent leur mission en maintenant des tarifs accessibles sur les entrées de spectacles, avec des réductions pour les publics défavorisés.

Les spectacles au Théâtre Silvia Montfort

Le gouvernement rattrape son retard

En 1959, le gouvernement français répond à la demande des mouvements sociaux émergents en créant le ministère de la Culture. Cela permet de multiplier les aides et les subventions pour un large éventail de théâtres. Des institutions prestigieuses comme la Comédie-Française, autrefois difficilement accessible aux classes populaires, bénéficient de tarifs avantageux grâce à un financement public important. L’État commence également à financer des théâtres expérimentaux et plus petits, favorisant ainsi la diversité du paysage théâtral.

À partir de 1990, la création des Scènes nationales (des structures culturelles publiques) vise à encourager le développement des arts vivants et offrir un espace aux artistes émergents, à faciliter l’accès du plus grand nombre aux œuvres théâtrales, chorégraphiques, musicales et cinématographiques et à dynamiser les villes petites et moyennes en les dotant d’une structure culturelle accueillante avec une programmation intéressante.

Le ministère de la Culture attribue ce label aux théâtres qui remplissent plusieurs missions telles que la programmation de spectacles vivants et pluridisciplinaires, le soutien à la création artistique et à ceux qui prévoient des actions de médiation culturelle avec les publics. Ces structures reçoivent alors un financement mixte de l’État et des collectivités locales.
Les scènes nationales sont des outils de rayonnement artistique et garantissent une offre culturelle de qualité sur l’ensemble du territoire français.

Les spectacles de la Comédie-Française

Theatregoers using Panthea smart glasses

Vers une nouvelle étape : l’accessibilité faite à tous les publics

Aujourd'hui la principale barrière à laquelle se retrouve confronter les visiteurs étrangers pour l’accès aux spectacles est d’ordre linguistique.
La prochaine « révolution », dans les salles de théâtre comme celles d’opéra, sera d’ordre technologique. Les années 80 ont vu l’introduction du surtitrage à l’opéra permettant d’accroître l’intérêt du public pour des spectacles chantés en italien, en allemand ou en tchèque.

À l’heure où l’on vous parle, des salles (comme la Comédie-Française) ont choisi d’utiliser des lunettes connectées de surtitrage et de proposer ainsi des traductions en anglais, en français et en langue des signes française, sans perturber l’expérience des autres spectateurs.

On peut espérer qu’avec cette technologie de pointe, de plus en plus de spectateurs viendront goûter au plaisir du spectacle vivant et que Paris deviendra la ville dans laquelle l’idée de sortir au théâtre est aussi ancrée dans la tête des visiteurs qu’à Londres ou New YorK. Paris compte environ 130 salles de théâtre. Le choix des spectacles est vaste et les possibilités de voir un spectacle surtitré devraient se multiplier à l’avenir.

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